LES GUEPES… d’Ivan Viripaev – édition mars 2015

LES GUEPES DE L’ETE NOUS PIQUENT ENCORE EN NOVEMBRE
pièce russe d’Ivan Viripaev (2012)
Traduction Tania Moguilevskaia et Gilles Morel

– Pourquoi pleures-tu alors ?
– Parce que je suis seul.
– Es-tu véritablement seul ?
– Je perçois et je vis comme si j’étais seul.

(Ingmar Bern, Dialogues entre solitaires, Stockholm, 1986)

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Extrait du texte

(…) Pause.

JOSEPH. – Robert, je veux te dire que Markus n’était pas chez vous lundi dernier, parce qu’il était chez moi. Il était, vraiment, chez moi, Robert.

MARK. – Je t’en prie, Donald. Je ne suis pas du tout en colère contre toi, je vois que chez toi tout n’est pas vraiment en ordre, et je veux t’aider. Laisse-moi appeler tout de suite un psychothérapeute que je connais pour que vous conveniez d’un rendez-vous ?
JOSEPH. – Ooh, Robert, Robert ! Je ne voulais surtout pas mêler ma femme à cette affaire, mais je crois que je n’ai plus le choix.

Joseph sort de sa poche un téléphone portable, appuie sur la touche « appel ».

MARK. – Qu’est-ce que tu fais, Donald ?
JOSEPH. – J’appelle ma femme, j’appelle Marta. Et j’espère qu’elle, tu la croiras.
MARK. – Je t’en prie, Donald, à quoi bon aussi entraîner dans tout ça Marta.
JOSEPH. – Parce que je n’ai pas d’autre moyen de te fournir la preuve. Allô, Marta. Ecoute, il y a Robert là à côté de moi et il veut te poser je ne sais trop quelle question importante. Je lui passe le téléphone, chérie.

Joseph passe le téléphone à Mark.

MARK. – Allô. Bonjour, Marta. Comment vas-tu, comment va ta jambe ? Non, c’est une autre question que je voulais te poser, mais je demande à propos de ta jambe parce que je m’en fais pour ta jambe, bien que, en fait je voulais te demander complètement autre chose. Mais d’abord, raconte-moi pour ta jambe. Tu continues toujours la rééducation ? Ouais. Et que dit le docteur, combien de temps tout ça va durer ? Encore six mois ? Pourquoi si longtemps ? Mais je t’en prie, tu n’as rien d’une vieille, c’est juste une fracture compliquée, dans ce cas visiblement il faut faire preuve de patience. Eh bien, d’accord, je vais bientôt te rendre visite, sans faute. Je l’espère. Ces derniers temps, j’ai beaucoup à faire à ma banque. Et en plus maman ne veut toujours pas rentrer de sa maison de repos et il faut aller la voir chaque semaine. Avec Markus, nous y allons à tour de rôle, une sorte de permanence, une semaine lui, l’autre moi. À propos, Donald m’a dit que lundi dernier Markus et toi vous avez passé du bon temps ? Donald dit que Markus est resté chez vous deux nuits et un jour ? Comment ? Ah, vous avez effectivement passé du très bon temps ? Excuse-moi, tu veux dire que vous avez passé ce temps avec Markus ? Donc, il était chez vous ce lundi là ?! Tu es sûre de ça, Marta ? Plus précisément, je voulais dire, tu es sûre que c’était bien Markus, ou plus précisément, je voulais dire, tu es sûre que c’était clairement lundi dernier, et pas, disons, le lundi d’il y a deux semaines ? Comment ? Non, Marta, bien sûr, il ne s’est rien passé. Oui, non, fais pas attention, je disais ça comme ça, je plaisantais juste. Je dis, je plaisantais, c’était une plaisanterie, Marta, tout est en ordre. En quoi consiste la plaisanterie ? Enfin, visiblement, dans le fait que Markus était chez vous, lundi dernier, elle est probablement là la plaisanterie, Marta. Ha, ha. En fait on a un peu fumé là… mais pas des cigarettes… fumé… enfin, tu comprends quoi… enfin la même chose qu’on a fumé un jour pour mon anniversaire il y a six ans, tu te souviens ? À l’époque nous avons passé toute la soirée à rire aux éclats, tu te souviens, Marta ? Enfin, voilà, là tout de suite on a décidé de remettre ça… Comment ça qui ça on ? Sarra, moi, et ton mari Donald. Oui Donald aussi. Excuse-nous de ne pas t’avoir invitée, mais avec ta jambe, tu aurais pu chanceler, perdre l’équilibre et te faire mal à la jambe. Comment ça, pourquoi nous avons fait ça ? Enfin comment ça pourquoi, voilà une étrange question, Marta, non ? Pour rigoler, bien sûr. Ha, ha, ha. Pardonne-moi, je ne peux plus parler là, je suis juste en train de mourir de rire. Guéris vite, chérie et à bientôt.

Mark rend le téléphone à Joseph. Joseph range le téléphone dans sa poche. Mark regarde fixement Elena.

MARK. – Sarra ?
ELENA. – Oui ? Robert.
MARK. – « Oui » quoi , Sarra ? Que signifie, ton « oui », Sarra ?
ELENA. – Que je t’écoute, Robert.
MARK. – Non, Sarra, ma chère, c’est moi qui t’écoute !
ELENA. – Je ne sais pas quoi te dire, Robert.
MARK. – Que se passe t-il, Sarra ?
ELENA. – Je ne sais pas, Robert.
MARK. – Tu ne sais pas ? Comment diable, tu ne sais pas ?! Comment diable, tu dis que tu ne sais pas ? Qui le sait alors, Sarra ? Qui ?! Markus ?! Ainsi il m’a menti ?! Markus ! Qui pourrait imaginer ça, notre Markus ! Il y a dix minutes, au téléphone, il m’a donc menti ?! Mon propre frère m’a menti ? Je veux savoir pourquoi vous faites ça ?! Je veux savoir pour quelle raison vous faites ça ?! Sarra, je veux savoir, dis-moi, dans quel but vous faites ça, Markus et toi ?
ELENA. – Nous faisons quoi, Robert ?
MARK. – Tout ça là. Tout ce mensonge, tous ces coups de fil. Je veux savoir ce qui se passe, Sarra ? Et je ne veux rien entendre sur ce que tu ne sais pas. T’entends ? Je ne veux rien entendre sur ce que tu ne sais pas ?! T’entends ? Tu m’entends, Sarra ? Je ne veux rien entendre sur le fait que tu ne m’entendes pas, Sarra ?
ELENA. – Je t’entends, Robert, calme toi.
MARK. – Alors explique, moi, le diable t’emporte !

Pause.

ELENA. – Ce n’est pas si simple à expliquer, Robert.

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