
DREAMWORKS
pièce d’Ivan Viripaev
version 2022
traduction Tania Moguilevskaia et Gilles Morel
Note de l’auteur : « Voici la deuxième version de la pièce. La première a été écrite par Ivan Viripaev en 2012, et celle-ci par le même Ivan Viripaev en 2022. Au cours de ces dix années, l’évolution n’a pas été vaine; elle a agi non seulement sur mon corps, le faisant vieillir, mais aussi sur mes valeurs, les rendant plus humaines. La transformation du singe en humain est un long processus, et rares sont ceux qui y parviennent en une seule vie. J’espère sincèrement qu’au fil des années, je me suis rapproché, ne serait-ce qu’un peu, de cette forme de vie qui peuple la planète et que l’on appelle l’Humanité. Par conséquent, si vous êtes intéressé par cette pièce écrite il y a dix ans (en 2012), je vous recommande de lire et de jouer cette nouvelle version, créée par l’auteur en 2022. » – Ivan Viripaev
Scène 1
L’appartement de David. Dans le grand salon, David a installé des bibliothèques murales, de grandes fenêtres et de magnifiques meubles anciens.
Dans la pièce, David et Meryl.
MERYL. – David ? Tu es là, David ?
DAVID. – Oui, Meryl. Je t’écoute.
MERYL. – Je voudrais parler avec toi. C’est très important. Je peux ?
DAVID. – Mais bien sûr, Meryl. Qu’est-ce qui se passe ?
MERYL. – J’ai peur.
DAVID. – Et de quoi as-tu peur ?
MERYL. – De la mort. De ta mort, David.
DAVID. – De ma mort ? Hum. Étrange. Pourtant, je ne semble pas être sur le point de mourir, Meryl.
MERYL. – Mais tu peux mourir. Chacun de nous peut mourir à n’importe quelle seconde. Tu peux ‘étrangler avec la nourriture à notre dîner d’aujourd’hui et mourir.
DAVID. – Tu me proposes de ne pas dîner aujourd’hui ?
MERYL. – Je suis sérieuse, David. Je me sens terrifiée. Je t’aime tant. Je ne peux pas imaginer que tu ne sois plus, qu’un jour je reste sans toi. Je ne peux pas imaginer le monde sans toi. Ma vie sans toi. Je suis tellement triste, David.
DAVID. – Et pour quelle raison as-tu décidé que ce serait précisément moi qui allais mourir le premier, Meryl, sachant que nous avons presque le même âge ?
MERYL. – Je suis ravie que tu puisses plaisanter sur ce sujet, mais je ne suis pas d’humeur à plaisanter. Bien sûr, je voudrais mourir la première et j’espère qu’il en sera ainsi, mais je n’en ai pas la certitude absolue. Je me sens terrifiée. Je ne pourrai pas vivre après toi. Vivre sans toi.
DAVID. – Tu mourras la première, ma chérie, calme-toi. Je suis certain que je te survivrai. Ne t’inquiète pas.
MERYL. – Pour quelle raison tu me parles de tout ça ? Pourquoi tu me parles sur un ton aussi ironique ?
DAVID. – Je plaisantais, juste.
Pause.
DAVID. – Qu’est-ce qui t’arrive, Meryl ? Qu’est-ce qui te prend ? MERYL. – Je suis terrifiée à l’idée que tu meures.
DAVID. – Mais je n’en ai pas l’intention.
DREAMWORKS d’Ivan Viripaev (2022) – traduction Tania Moguilevskaia et Gilles Morel – droits réservés – 3 / 52
MERYL. – En fait, tu n’en sais rien, en fait, tu ne contrôles rien. DAVID. – Mais pour quelle raison penser à tout ça, Meryl ?
MERYL. – Je n’ai pas envie d’y penser. Mais je ne peux pas l’empêcher. Les pensées sur ta mort se faufilent d’elles-mêmes dans ma tête et je suis très triste, David. Je suis très, très triste David.
DAVID. – Tous les gens meurent, Meryl, et il n’y a rien d’inhabituel à cela. Rien d’étrange à cela.
MERYL. – Mais cela ne me soulage pas. Tes paroles ne me soulagent pas. Je suis si heureuse avec toi. Tu es toute ma vie, tu es tout mon sens. Je ne peux pas me représenter le monde sans toi.
DAVID. – Moi aussi je t’aime, Meryl. Je suis si heureux que tu existes.
MERYL. – Cela arrive si rarement dans le monde, que deux personnes, parviennent à se trouver. Que se rencontrent ceux qui ont précisément été créés l’un pour l’autre. Mais pourquoi ce n’est pas pour toujours, David ? Pourquoi, pas pour toujours ?
DAVID. – Parce que dans ce monde rien n’est pour toujours.
MERYL. – Mais pourquoi ?
Pause. Pendant quelque temps ils restent assis en silence.
MERYL. – Je sais que je dis des absurdités. Pardonne-moi, David. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je ne sais pas moi-même, pourquoi c’est arrivé. Pardonne-moi de t’avoir inquiété.
DAVID. – Mais qu’est-ce que tu dis, Meryl ? Viens. Je t’aime. MERYL. – Et moi je t’aime.
DAVID. – Viens, Meryl.
Pause.
DAVID. – Viens, Meryl.
Pause.
DAVID. – Meryl, tu es où ?
MERYL. – Je suis là, David.
DAVID. – Pourquoi tu ne viens pas ?
MERYL. – Je suis déjà avec toi, David.
DAVID. – Pourquoi tu ne viens pas plus près ? Pourquoi tu ne veux pas que je te serre contre moi ?
Pause.
DAVID. – Meryl ?
MERYL. – Oui, David.
DAVID. – Pourquoi tu ne viens pas, Meryl ?
MERYL. – Tu sais pourquoi.
DAVID. – Pourquoi ?
MERYL. – Tu le sais, David.
DAVID. – Parce que tu n’es plus parmi les vivants, c’est ça ? MERYL. – C’est ça.
DAVID. – Parce que je parle à un fantôme, c’est ça ?
MERYL. – Tu ne parles à personne, David, tu penses simplement tout cela. Cela se passe dans ton imagination.
DAVID. – Mais tout cela est si net. Comme si j’entendais ta voix. Je te vois. Je parle avec toi. Tu me réponds. C’est toi qui as commencé la conversation avec moi. Tout cela est si net, si réel.
MERYL. – Mais tu sais que c’est irréel, David.
DAVID. – Tu n’es plus parmi les vivants, Meryl, c’est ça ?
MERYL. – Bien sûr, tu le sais très bien.
DAVID. – Mais, c’est toi qui as commencé à me parler aujourd’hui.
MERYL. – Personne n’a parlé à personne, David, tout cela se passe dans ton imagination.
DAVID. – Tu veux dire que maintenant personne ne parle à personne ? Tu veux dire que maintenant je suis assis en me taisant ? Que maintenant je me tais ?
MERYL. – Oui, David, maintenant tu te tais.
Longue pause.
NdT : Annule et remplace la version 2012 traduite en 2017 avec le soutien du Centre international de la traduction théâtrale.

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DREAMWORKS
pièce d’Ivan Viripaev version 2022
traduction du russe disponible
par T.Moguilevskaia et G.Morel
